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joi, 12 noiembrie 2020

ORWELL / doc. Arte

« George Orwell, Aldous Huxle: “1984” ou “le Meilleur des mondes” ? », 

Orwell/Huxley, le match

Ce documentaire explore les différences entre les modes de création des deux auteurs et tente de départager leurs visions d’anticipation.



Etes-vous plutôt « 1984 » ou « le Meilleur des mondes » ? Il y a plus de soixante-dix ans, deux écrivains devenus cultes ont tenté d’imaginer ce qu’allait devenir notre monde. George Orwell et Aldous Huxley se connaissaient : le premier fut l’élève du second à Eton, le prestigieux collège britannique, et ils entretinrent par la suite une courte correspondance. Pourtant, tout les opposait : le style (l’un était mondain, jouisseur, politiquement distrait ; l’autre était austère, socialiste, amoureux de la nature) et leurs craintes quant aux monstruosités en germe dans la société. Jamais ils ne réussirent à se mettre d’accord sur leur « noire vision du futur ». Si Orwell, fort de son expérience de la guerre d’Espagne, dépeint un univers totalitaire, froid et brutal, dans lequel un parti unique réécrit sans cesse l’Histoire et nie même l’idée d’une vérité objective, Huxley imagine un monde de plaisirs fugaces et d’aliénation « consentie », façonné par l’eugénisme.

Orwell/Huxley, un contraste saisissant

C’est cette dichotomie qu’explore le documentaire de Philippe Calderon et de Caroline Benarrosh, réalisé dans le cadre d’une série « les Grands Romans du scandale ». Le film s’attarde d’abord sur les conditions d’écriture de ces deux grands livres du XXe siècle. Là encore, le contraste est saisissant. Huxley s’installe confortablement à Sanary-sur-Mer. Orwell, lui, rédige « 1984 » dans l’urgence, enfermé dans une ferme écossaise, les poumons retournés par la tuberculose (on écoute avec intérêt son fils adoptif, Richard Blair, nous parler de ses dernières années de vie).

Puis les réalisateurs tentent de départager les deux hommes : on a souvent dit que Huxley avait vu plus juste qu’Orwell (même si l’auteur de « la Ferme des animaux » a bien anticipé le développement des régimes totalitaires), est-ce exact ? Pour répondre à cette question, le film se penche sur les mensonges trumpiens (plutôt Orwell) et la sélection génétique (plutôt Huxley), avant de s’envoler pour la Chine, où le système du crédit social donne l’image d’un « meilleur des mondes orwellien »

« George Orwell, Aldous Huxley : “1984” ou “le Meilleur des mondes” ? »
Mercredi 11 novembre à 22h40 sur Arte. Documentaire de Philippe Calderon et Caroline Benarrosh (2019). 53 min. (Disponible en replay jusqu’au 18 février 2021 sur Arte.tv).

miercuri, 11 noiembrie 2020

GEORGE ORWELLL (1903-1950) / Pléiade

 GEORGE ORWELLL (1903-1950) / 

George Orwell [dʒɔː(ɹ)dʒ ˈɔːwel], nom de plume d’Eric Arthur Blair, né le 25 juin 1903 à Motihari (Inde) pendant la période du Raj britannique et mort le 21 janvier 1950 à Londres, est un écrivain, essayiste et journaliste britannique.



                                         L’écrivain britannique George Orwell,

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Une leçon de dignité politique : George Orwell entre dans « La Pléiade »

Soixante-dix ans après la mort de l’auteur de « 1984 », un volume de « La Pléiade » et des essais sur l’écrivain rappellent l’actualité de cet amoureux de la vérité, chez qui la franchise est une arme politique.

« Œuvres », de George Orwell, multiples traducteurs de l’anglais, édité sous la direction de Philippe Jaworski, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1664 p., 66 € jusqu’au 31 mars 2021.

« Orwell, à sa guise. La vie et l’œuvre d’un esprit libre » (The Crystal Spirit. A Study of George Orwell), de George Woodcock, traduit de l’anglais (Canada) par Nicolas Calvé, Lux, 424 p., 20 €, numérique 13 €.

« Orwell, anarchiste tory, suivi de : A propos de “1984”, et d’Orwell, la gauche et la double pensée », de Jean-Claude Michéa, Climats, 336 p., 21 €, numérique 15 €.

                                                                           GEORGE ORWELL
Œuvres / 08-10-2020
Collection Bibliothèque de la Pléiade (n° 651), Gallimard
Publication date: 08-10-2020

1664 pages, 105 x 170 mm, relié peau
Printing completed: 14-09-2020

Kind : Œuvres choisies Category > Subcategory : Littérature étrangère > Anglo-saxonnes
Country: Royaume-uni
Period: XXe siècle
ISBN : 9782072748271 - Gencode : 9782072748271 - Code distributeur : G01092

duminică, 31 mai 2020

La retraduction de «1984» est une idée fabuleuse

Culture


O mie noua sute optzeci si patru - George Orwell, Polirom, 2016

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La retraduction de «1984» est une idée fabuleuse
http://www.slate.fr/story/191001/traductrices-1984-orwell-metier-traduction-josee-kamoun-amelie-audiberti




ORWELL, 1984, trad. française 1950

1984 - Collection "Folio", 1984 - Traduction de Amélie Audiberti, Poche – 
1 janvier 1984
(première ed. 1950)
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1984 (Français) Broché – 2018
de George Orwell  (Auteur), Josée Kamoun (Traduction)
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La retraduction de «1984» est une idée fabuleuse
Bérengère Viennot — 30 mai 2020 à 11h08

La nouvelle version francophone du chef-d'œuvre d'Orwell par Josée Kamoun est sortie jeudi 28 mai en édition de poche. Cela rend-il le travail d'Amélie Audiberti caduc?
Il est utile de retraduire 1984 à destination du public de 2020 pour, entre autres, une question de modernité.

Presque soixante-dix années se sont écoulées entre les deux versions françaises de 1984. La plupart d'entre nous avons lu la version traduite en 1950 par Amélie Audiberti, parfaitement contemporaine de l'œuvre d'origine. La retraduction, commandée par Gallimard à Josée Kamoun, est sortie en 2018.

Une nouvelle traduction, pour quoi faire? Dès sa sortie, la version traduite par Kamoun a été vertement critiquée. Les puristes se sont érigé·es contre ses nouvelles propositions de traduction: n'a-t-elle pas décidé de transposer le roman au présent? N'a-t-elle pas transformé les néologismes d'origine dont on s'était fort bien accommodé pendant soixante-dix ans? La novlangue est devenue le néoparler. L'Angsoc (pour socialisme anglais) devient Sociang, la double-pensée s'est transformée en doublepenser. Le slogan du parti, «La guerre c'est la paix, la liberté c'est l'esclavage, l'ignorance c'est la force», devient «Guerre est paix, liberté est servitude, ignorance est puissance». Et Big Brother vous y tutoie.

On peut continuer l'inventaire sans fin mais il n'a pas d'intérêt. Josée Kamoun est une bonne traductrice, elle a fait ses preuves et Gallimard a sans doute été bien inspiré de lui confier cette nouvelle traduction. Ce qui ne veut pas dire qu'on est obligé d'approuver tous ses choix et d'apprécier systématiquement son travail. On peut ne pas aimer un plat tout en reconnaissant le talent du cuisinier ou de la cuisinière.

La traductrice moderne sait
Cette retraduction de 1984 est une idée fabuleuse, à plusieurs titres. Elle nous sort de notre zone de confort littéraire et historique, nous oblige à admettre que nous détestons le changement pour ce qu'il est, et nous met face à la relation sentimentale que nous entretenons avec les livres que nous aimons. Le 1984 que chacun·e a dans le cœur et qui lui est propre porte avec lui l'histoire de sa lecture, du moment où nous l'avons découvert, la mémoire du frisson d'horreur qui nous a glacé·es quand nous avons vu Winston trahir Julia et aimer Big Brother. Pour beaucoup d'entre nous, c'est le premier roman de science-fiction qui nous a fait douter de notre avenir. Toucher au texte, c'est aussi refermer une page de nos vies de lecteurs, de lectrices, et pour beaucoup c'est insupportable.

Pourquoi est-il utile de retraduire 1984 pour un public de 2020? C'est bien sûr, aussi, une question de modernité. La traductrice du XXIe siècle sait un million de choses que celle de 1950 ignorait. Elle sait la Guerre froide, les dictatures communistes dans la durée, elle sait l'avènement de la société de surveillance qui, à l'époque d'Orwell, n'était qu'embryonnaire. Elle sait le maccarthysme, la réalité alternative de l'Amérique de Trump, et son nouveau langage supposé façonner une réalité parallèle à laquelle le peuple est sommé de croire.

La traductrice moderne sait aussi le formidable symbole qu'est devenu Big Brother. Ni Orwell, ni Amélie Audiberti ne pouvaient se douter, au moment de la parution de la parabole, qu'il deviendrait cette figure paternaliste brandie aujourd'hui à la moindre menace de restriction des libertés. C'est peut-être ce qui explique pourquoi la nouvelle traduction l'a gardé: Big Brother ne s'est pas transformé en Grand Frère sous la plume de Kamoun (ne riez pas: en espagnol, c'est Gran Hermano; en allemand, c'est Große Bruder).

La seule manière d'accéder à un texte dans sa pureté, c'est de le lire dans la langue dans laquelle il a été écrit.
Certes, on peut cultiver un certain purisme et se dire que puisque Orwell n'avait pas connaissance de tous ces faits historiques qui nous sont familiers, alors c'est le trahir que d'en tenir compte en traduisant un texte qui était vierge de ce passé. Mais c'est oublier qu'une traduction est une réécriture, et que jamais elle n'est une réplique totalement fidèle du texte original. Oui, la traductrice est une traîtresse, mais c'est une traîtresse utile et nécessaire, qui ajoute un fragment quasi invisible de son humanité à l'œuvre dont elle a la charge.

La seule et unique manire d'accéder à un texte dans toute sa pureté, c'est de le lire dans la langue dans laquelle il a été écrit, et nul ne peut lire dans toutes les langues. Faut-il alors renoncer à tous les livres? Même en lisant un ouvrage dans sa propre langue, jamais le lecteur ou la lectrice n'a accès à l'intégralité du sous-texte et des intentions que l'auteur ou l'autrice y aura mises. D'un invidivu à un autre, chaque livre a un sens et une interprétation différentes. Et la subjectivité qu'exerce la personne qui traduit sur le texte est celle d'un super-lecteur, qui servira de prisme au déchiffrage du lecteur final.

De l'ombre à la lumière
C'est aussi une idée géniale de retraduire 1984, parce que cela permet, et ce n'est pas si souvent, de mettre en avant le métier de traducteur. Pour le coup, Josée Kamoun est un mauvais exemple, car en tant que traductrice de grands écrivains comme Philip Roth, c'est probablement une des plus médiatiques de toutes. Pourtant, au-delà de la personne, c'est le travail de traduction littéraire qui est exposé.


La traductrice est une conteuse au même titre que l'auteur ou l'autrice du livre, à la différence qu'elle ne fait que répéter l'histoire de quelqu'un d'autre. Cette dernière ne lui appartient pas puisqu'elle n'en est pas la créatrice, mais le temps de la traduction, elle la transforme et lui donne un peu de son âme, un peu comme les griot·tes qui, génération après génération, racontent les mêmes histoires, imperceptiblement modifiées par la personnalité de l'individu qui raconte et de ceux qui écoutent. Retraduire 1984, c'est permettre à cette histoire d'être racontée par une autre, par l'héritière littéraire de la première femme à l'avoir portée et donnée à lire au public francophone.

Tout ou presque a été dit sur cette retraduction de 1984 par Josée Kamoun. Par la traductrice elle-même, par des critiques littéraires, par des internautes sur les réseaux sociaux. Dans le battage médiatique autour de ce livre magistral, il m'a semblé qu'il y avait une grande absente. Celle qui a inventé le mot «novlangue», celle qui a décidé que «Big Brother» serait gardé en français et grâce à qui ce mot désigne une réalité qui à chaque époque garde le même référent littéraire. Celle aussi qui m'a fait découvrir ce livre fantastique, à moi et à des millions de francophones entre 1950 et 2018.

Amélie Audiberti, c'est un nom familier, mais qui la connaît?

«Une traductrice idéale»
C'est avant tout une «femme de». On ne présente plus Jacques Audiberti, écrivain, poète, dramaturge, essayiste... Audiberti, c'est aussi le nom de jeune fille et de plume de Marie-Louise, fille d'Amélie (en réalité Élisabeth Cécile Amélie) et de Jacques. Marie-Louise, qui est romancière, essayiste, critique littéraire et, tiens, traductrice. Elle habite à Paris, elle a 92 ans et elle a accepté de me parler de sa mère, l'Arlésienne de 1984.

Comme il est grand, le contraste entre les destins des deux traductrices d'Orwell. Comme Josée Kamoun, Amélie Audiberti a traduit des dizaines d'auteurs parmi les plus talentueux. Orwell, bien sûr, mais aussi Olaf Stapledon, Kenneth Bulmer et Isaac Asimov, entre autres. Mais elle n'est pas passée à la radio, ni à la télévision. Les journalistes ne lui ont jamais demandé de commenter ou de justifier ses choix de traduction. Amélie Audiberti appartenait à cette génération de traducteurs et de traductrices invisibles qui exerçaient un talent qu'on n'appelait pas encore un métier. «Personne n'est allé vers elle, et elle trouvait ça tout à fait normal», commente sa fille.

Amélie Audiberti était «extrêmement discrète et n'avait aucun besoin de reconnaissance».
Marie-Louise Audiberti
C'est son mari qui lui a obtenu cette commande de traduction par la maison Gallimard. Elle n'était pas novice, mais, me confia sa fille, «ce fut un gros travail». Elle écrivait d'abord tout à la main, avant de finaliser sa traduction à la machine. «Elle tapait très très bien, cela faisait l'admiration de mon père», se rappelle Marie-Louise.

«Petite main» grattant le papier dans l'ombre de son mari et du géant Orwell, Amélie Audiberti a vécu largement assez longtemps pour constater le phénoménal succès et la facette politique visionnaire de l'œuvre qu'elle avait traduite. En a-t-elle ressenti de la fierté, ou du ressentiment, devant un succès qui lui était en partie imputable sans qu'elle puisse en revendiquer grand-chose? D'après Marie-Louise, Amélie était «une traductrice idéale», c'est-à-dire que non contente d'être invisible de nature, elle s'en satisfaisait absolument, elle était «extrêmement discrète et n'avait aucun besoin de reconnaissance».

Passionnée de langue anglaise, Amélie Audiberti n'avait pas de formation de traductrice –cela ne se faisait pas à l'époque. Il suffisait de parler plusieurs langues et, bien entendu, de parfaitement maîtriser sa langue maternelle. Amélie était institutrice; elle était mariée à un homme de lettres, elle aimait voyager seule en Angleterre et entretenait une passion pour la langue anglaise. Amélie était une femme discrète et secrète, qui était «consciente que ce livre était un événement, que c'était très important», mais qui, lorsqu'il a été publié et qu'il a connu le succès que l'on sait, «a été contente qu'il soit fini, qu'il soit bien, qu'il plaise». Et puis c'est tout.

Amélie a livré un texte qui, bien sûr, est plus approximatif que ce qu'un traducteur muni des outils et des savoirs de notre époque est capable de produire. Mais comme le dit sa fille, «elle traduisait en écrivain, comme moi, comme mon père». Amélie a permis à des millions de lecteurs et de lectrices de plonger dans Orwell et de découvrir une histoire à la fois belle et terrifiante, un avertissement et une prédiction; et dans toute l'imperfection de sa traduction, elle a mis un peu d'elle-même, comme nous le faisons tous et toutes quand nous traduisons.

Et si l'œuvre de Josée Kamoun est moderne, vive, tranchante, adaptée à un lectorat du XXIe siècle, si elle lui ressemble et est peut-être destinée à devenir la référence des générations futures, elle aussi porte en elle, dans ce qu'elle a rejeté comme dans ce qu'elle a repris, la version d'Amélie.