
- La livre de virtuel : fantastiques images


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Un livre très particulier qui laisse le lecteur sur une drôle d'impression à la fin.
Cet ouvrage à la première personne va nous mettre dans la peau d'une personne ayant des déboires avec la justice et qui est parti s'isoler sur une île. C'est sur cette île ou il tente de survivre qu'il va faire la rencontre de drôles de personnes... Un livre inclassable, à mi-chemin entre l'aventure, le fantastique, l'histoire d'amour...ou l'immortalité est au coeur du récit. Il n'est pas toujours évident de suivre la pensée de l'auteur. Celui-ci arrive en peu de pages à faire en sorte que le lecteur se pose énormément de questions. Un livre troublant et bien écrit qui s'apparente un peu à un ovni... |
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Un texte d'une centaine de pages, une histoire qui n'en demande pas plus. Un recit qui melange aventure, étrangeté et le sentiment d'un amour irréalisable. Une belle histoire bien ficelé qui donne envie de découvrir l'oeuvre d'Adolfo Bioy Casares plus en profondeur. (chronique complète sur le blog) Lien : HTTP://NAUFRAGESVOLONTAIRES... |
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Un homme en fuite se réfugie sur une île déserte où il va faire connaissance avec les anciens occupants par l'intermédiaire d'images qui se répétent sans cesse.
Un tout petit roman très curieux, à mi-chemin des genres, ni réellement fantastique ou de science-fiction, mais inconstestablement un grand texte. Casares installe par la répétition de ces scènes une espèce de vertige à la fois spatial et temporel, brouillant la perception à la fois du héros mais aussi du lecteur, qui tous deux vont chercher en même à résoudre cette mystèrieuse énigme de ces êtres fantômatiques. "Ne rien espérer de la vie, pour ne pas la risquer; se considérer comme mort, pour ne pas mourir." |
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Si je vous dis qu'il est ici question d'une drôle de machine, d'une île mystérieuse, d'un homme qui fuit son passé, d'une femme étrange dont il tombe amoureux, de la mince frontière entre la réalité et la fiction, déjà ça devrait attiser votre curiosité de lecteur. Si je vous dit qu'en plus, la préface est signée Borgès, ça devrait finir de vous convaincre d'acheter ce petit livre en poche : une belle lecture d'été en perspective !
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Un livre troublant que je n'ai pas apprécié à ce que je sens être sa valeur car je n'ai pas pu être assez concentré pour y entrer pleinement. A relire dans quelques temps. Si je le reprends. Ce temps.
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J'avais lu ce livre une première fois il y a quelques années mais quand je suis retombée dessus en regardant le contenu de ma bibliothèque, je me suis aperçue que j'en avais complètement oublié l'intrigue.
Comme c'est un livre très court , je me suis donc autorisée à le relire malgré la dizaine de romans qui attendent patiemment une première lecture. C'est un récit qui est assez long à démarrer mais qui dans l'ensemble est assez ingénieux. Je regrette que malgré sa petite taille, il ai tendance à traîner en longueur et à être un peu redondant. J'ai néanmoins beaucoup aimé le principe et j'y ai retrouvé le charme des récits fantastiques à la Maupassant. Le personnage principal est assez agaçant mais cohérent avec l'histoire. dans l'ensemble c'est plutôt bien fait. |
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Un livre écrit à la première personne, par un homme qui tente, jusqu'aux limites de la folie, de trouver un sens à cette suite de situations on ne peut plus étranges dont il est l'un des acteurs...mais l'est-il vraiment ?.
Comme le lecteur n'a que le point de vue du personnage pour tenter d'élucider les mystères, il se retrouve peu à peu pris dans le même état de malaise que lui. Un roman court mais dense, déboussolant et désespéré. |
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Un fugitif vénézuélien se retrouvant sur une île inhospitalière, observe en tapinois des individus sur une colline où se trouve des bâtiments. Pourtant quand il se trouve en présence de ces gens qu'il qualifie d'intrus ceux-ci semblent le traverser du regard, alors que chaque semaine les événements se renouvellent avec une inquiétante régularité.
Ce cour roman prend la forme d'un testament qu'écrit le narrateur. Ce récit de Bioy Casares à été préfacé par son compatriote Jorge Luis Borges, ce qui vous pose une oeuvre. Je ne suis pas vraiment rentré dans le récit, le fantastique n'étant pas mon genre de prédilection, cela reste un classique de la littérature du genre au XXème siècle.
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ADOLFO BIOY CASARES REJOINT BORGES. FIGURE DU FANTASTIQUE, L'ÉCRIVAIN ARGENTIN EST MORT À 84 ANS.
Par Antoine de GAUDEMAR— 10 mars 1999 à 00:04
D'Adolfo Bioy Casares, mort lundi soir à 84 ans à Buenos Aires, son
ami Jorge Luis Borges (disparu en 1986) écrivit: «Bioy était, sans qu'il y paraisse, le maître. S'opposant à mon goût pour le pathétique, le sentencieux et le baroque, Bioy me conduisit pas à pas vers le classicisme.» Sous une telle plume, l'hommage n'en est que plus fort: avec Adolfo Bioy Casares disparaît bien l'un des chefs de file de la littérature argentine contemporaine, dont le roman l'Invention de Morel (publié en 1940) est désormais un classique du genre fantastique.
Les fondus du yaourt. Les deux hommes s'étaient rencontrés en 1931, chez l'écrivain Victoria Ocampo. Borges avait déjà la trentaine, et Adolfo Bioy Casares à peine 17 ans. «Borges s'est mis à discuter avec moi, bien que je ne fusse qu'un enfant», racontait Adolfo Bioy Casares, qui épousa par la suite Silvina Ocampo, la soeur de Victoria (Libération du 4 octobre 1990). «Victoria m'avait invité parce que ma mère, une de ses amies, lui avait dit que j'écrivais. J'étais donc là pour baigner dans une ambiance littéraire. Victoria, qui était très autoritaire, a apostrophé ses invités: "Messieurs, voulez-vous cesser de converser entre vous et parler à ce monsieur d'un quelconque sujet! Borges était offusqué. Il avait déjà une mauvaise vue et avait buté contre une lampe, la faisant tomber sur le sol, et cet incident avait fait naître entre nous une certaine complicité.» Malgré la différence d'âge, les deux hommes vont vite devenir très amis. En 1935, ils cosignent une brochure publicitaire pour le yaourt, exagérant les vertus de ce dessert au point de scandaliser leurs commanditaires: «Nous avions cité, se rappelait avec amusement Bioy Casares, le cas d'une famille bulgare dont la plus jeune fille avait 90 ans.»
Tandem littéraire. De son côté, Borges écrivit: «Ensemble, nous nous lançâmes dans de nombreuses et diverses aventures littéraires», la première digne de ce nom étant en 1942 la publication à deux mains de Six problèmes pour Don Isidro Parodi: un recueil de contes policiers signé H. Bustos Domecq, un pseudonyme fabriqué à partir du nom des arrière-grands-pères des deux complices (Domecq, car l'aïeul de Bioy Casares était français d'origine béarnaise). Version de Casares (Libération du 16 octobre 1984): «Nous pensions que ce serait un conte policier classique, avec une énigme et une solution, dans une prose décharnée, claire et simple. Mais nous avons écrit un conte baroque, histrionique, qu'il était impossible de publier dans un journal sérieux comme la Nacion. C'est curieux car nous étions deux écrivains convaincus qu'il fallait écrire avec la conscience, le contraire des surréalistes.» Borges: «Bioy et moi enfermâmes notre détective dans une cellule de prison. Notre livre était en même temps une satire de l'Argentine. Pendant des années, la double identité de Bustos Domecq ne fut jamais révélée. Quand elle le fut enfin, on pensa que, puisque le nom de Bustos était une farce, ses écrits ne pouvaient guère être pris au sérieux.» Toujours sur ce tandem littéraire (il y aura trois recueils de contes de Bustos Domecq, d'autres signés Lynch Davis ou Suarez Lynch, et une anthologie commune de littérature fantastique), Bioy Casares ajoutait: «Un de nous deux avait l'idée d'un sujet. Alors, le soir, lorsque Borges venait dîner chez moi, l'un communiquait à l'autre son idée. Si l'autre était d'accord, nous commencions à en parler. La conversation pouvait durer deux ou trois dîners. Ensuite, je m'asseyais à la machine à écrire et je disais: Quelle peut être la première phrase? L'un des deux proposait quelque chose, l'autre ajoutait ensuite la deuxième, et ainsi de suite. C'était une rédaction conversée.» Bioy Casares, qui publia par la suite son oeuvre propre (1), n'oublia jamais ces années. «Toute collaboration avec Borges équivaut à des années de travail», disait-il. Lui savait bien qui des deux était le maître.
(1) La plupart des ouvrages d'Adolfo Bioy Casares ont été traduits chez Robert Laffont, Christian Bourgois et 10/18.
28 janvier 2009
L'invention de Morel ou la négation du virtuel Le narrateur est le prisonnier volontaire d’une île mystérieuse, difficile à localiser. Il a voulu échapper à la Justice humaine pour une faute dont on ne saura rien, si ce n’est qu’il ne l’a probablement pas commise. L’homme en fuite est sain d’esprit, se force à l’être, prend ce qu’il voit pour argent comptant. Il sait faire la part entre le rêve et la réalité – ce qui ne l’empêche pas de douter de l'un comme de l'autre. Il consigne dans un journal toutes les hypothèses envisageables au fur et à mesure des événements vécus. Il les biffe tour à tour selon une démarche rationnelle dont le lecteur peut parfois contester les zones d’aveuglement (mais c’est bon signe : on aimerait parfois prendre la place du narrateur et écrire son journal à sa place : moi, j’aurais plutôt fait ça !). Le narrateur se demande à plusieurs reprises s’il ne devient pas fou et désamorce la première hypothèse : l’étrange ne viendra pas de là. (Il est dangereux, pour un auteur, d’enfermer son lecteur dans la tête d’un de ses personnages. D’ajouter l’illusion à l’illusion romanesque ne donne rien de bon. Il faut que la réalité perce à un endroit, par où est aspiré le lecteur.)
L’étrange ne viendra pas de là. Il viendra d’un réarrangement des données de la perception. Et c’est l’inventeur Morel qui en sera l’auteur. Morel a une vision réduite et mécaniciste du monde. Ce qui lui permet d’être à la fois le génial concepteur d’une machine fascinante, et l’amant maladroit, frustré des refus répétés de la femme qu’il aime. C’est pourquoi les moteurs, les turbines, les engrenages, les axiomes et les théorèmes, dont dépend l’univers bis repetita de Morel, constituent l’écrin technologique de la figure adorée de Faustine. Faustine, aimée par Morel et par le narrateur (simultanément et successivement…) est la femme inaccessible, quel que soit le temps où elle apparaît. A ghost in the machine.
J’ai été flou à dessein. Il est préférable de s’engager dans la lecture de L’invention de Morel sans savoir de quoi retourne exactement cette invention (en cela, il est préconisé de ne pas lire la quatrième de couverture de l’opus dans l’édition 10/18). Néanmoins, le style de l’écriture, son mouvement de marée, au rythme des circonvolutions du narrateur - il est beaucoup question de flux et de reflux dans le livre - installent un climat infernal et merveilleux qui dépasse l’invention majeure du livre.
Cette invention, le narrateur en livre toutes les implications. Aussi a-t-on l’impression d’un univers exploré à fond : pas de recoins obscurs où l’auteur aurait caché la faille, le grain de sable de l’engrenage qui gripperait la machine (littéraire cette fois-ci). Bioy Casares exploite toutes les possibilités de l’invention de Morel et la cohérence est totale. Je vous engage à faire cette expérience. Lisez ce livre dont Borges disait qu’il était parfait. Parfait, il l’est. Il répond à toutes les questions que se posent les lecteurs. Mieux, il y répond au bon moment. Il précède l’imagination du lecteur, sans rallonge artificielle au suspense. L’invention de Morel est parfait dans sa rigueur formelle.
Il est également parfait sur un autre point : il déborde sur notre réalité. Parmi les questions qu’il soulève il y a celles-ci, plus prégnantes que jamais : l’illusion et la réalité sont elles antithétiques ? Peut-on aimer une image ? Que faut-il retirer à un être pour qu’il ne soit plus un être réel ?
Je ne fais pas remonter la notion de « virtuel » à l’invention de l’ordinateur, ni même à celle du cinématographe. Je suis de ceux qui pensent que le « virtuel » existe depuis que les mécanismes perceptifs existent, depuis surtout que les centres nerveux supérieurs ont cette faculté – qu’on jugerait étrange si elle n’était pas fournie intégrée au modèle humain – de projeter des images sur un écran interne. Aujourd’hui, ces images s’externalisent. Elles envahissent le monde, s’y superposent. Mais le « aujourd’hui » est plus daté qu’il n’y paraît. Il a l’âge du premier dessin figuratif… même si les images inventées par l’homme nous troublent surtout depuis l’invention de la photographie (qui nous murmurait alors que le trompe-l’œil serait bientôt total.)
L’invention de Morel est peut-être le plus important de tous les romans sur la frontière floue entre le réel et le virtuel (à supposer que cette frontière existe et qu’il faille poser le problème en ces termes). Le roman de Bioy Casares date de 1940. C’est-à-dire qu’il questionne sans être mis en demeure de prendre parti*. Il y flotte une ambiance intemporelle, créée à partir du temps d’alors et de quelques autres… On y rencontre les théories malthusiennes, des jungles touffues, des couchers de soleil sur l’océan, des personnages de nationalités différentes. Le narrateur, justiciable en fuite, a couru sur tous les continents du monde avant d’échouer dans ce qui n’est peut-être qu’une illusion, mais une illusion si parfaite que le lecteur doit bien avouer, après avoir refermé le livre, qu’elle laissera une trace durable et physique dans sa mémoire.
David Gray
* Aujourd’hui, pourrait-on écrire aussi librement, sans se sentir obligé de donner son avis sur l’extraordinaire développement des machines à rêver ou à s’évader, tout aussi bien que sur l’abondance des réseaux de rencontres dont l’une des conditions au succès est l’exploitation d’un entre deux, d’un espace/interface qui n’est ni tout à fait réel ni tout à fait imaginaire ? Cela inscrirait d’emblée le livre écrit dans un contexte socio-technologique déterminé qui lui serait peut-être fatal en tant que roman. Or, comme le dit Borges, le principal intérêt du roman de Bioy Casares vient de ce qu’il s’agit tout à la fois d’un roman d’aventures et d’un conte, et qu’il ne procède pas d’un rabâchage sociologique, psychologique, théorique.
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Pleins feux sur Bioy Casares: entretien avec Michel Lafon, le meilleur spécialiste français de ses oeuvres. Le jet d’eau fait toujours son murmure argentin. Verlaine, « Après trois ans ».
JADIS, NAGUERE, PARALLELEMENT
Si vous ne connaissez pas, ou connaissez mal, l’écrivain argentin Adolfo Bioy Casares, la sortie simultanée d’un livre et d’un dvd vous donne l’occasion de combler vos lacunes.
Inconscient collectif ? Forever Jung ? Tir transatlantique non concerté, mais tir groupé quand même, autour de l’œuvre de l’Argentin Adolfo Bioy Casares, frère jumeau littéraire de son aîné Borges et auteur du roman l’Invention de Morel. A quelques semaines de distance donc, les Argentins ont accordé un prix à la version espagnole de l’adaptation en bande dessinée de l’Inventionpar le Français Jean-Pierre Mourey (éditée en France chez Casterman), l’INA sort en dvd un téléfilm méconnu inspiré de la même Invention et réalisé en 1967, et Christian Bourgois publie sous le titre Quelques jours au Brésil une soixantaine de pages, brèves mais denses, extraites des dix mille qui composent la totalité du journal de Bioy.
La mise en rapport de la fiction et du journal n’est pas sans intérêt, tant les frontières entre ces œuvres de nature a priori différente ont tôt fait de s’estomper. Faut-il rappeler ici le principe du roman ? Un naufragé échoué sur une île découvre un groupe d’hommes et de femmes qui semblent se livrer, sous la conduite de l’éponyme Morel, à des espèces de fêtes galantes très répétitives. Au début, il se cache pour les observer, mais peu à peu il s’aperçoit qu’il reste invisible pour eux même quand quelques misérables mètres les séparent. Ce privilège qui pourrait faire de lui un narrateur omniscient tourne vite à la frustration (traduite dans son journal), dans la mesure où il tombe amoureux de l’une des femmes du groupe sans jamais pouvoir l’atteindre. Quant à la répétitivité des festivités, elle pourrait constituer un élément comique si l’on pouvait être sûr que ce mécanique était « plaqué sur du vivant », mais l’anagramme de Morel n’est autre que Lemor, et c’est peut-être là que se trouve la solution, si solution il y a. Disons, si vous voulez absolument un indice, que James Cameron, avec ses recherches sur la 3D, est sur la bonne voie, mais qu’il lui reste encore beaucoup de travail à faire.
Les Quelques jours au Brésil ont eux aussi au départ un parfum d’Agatha Christie. Invité au Brésil pour participer à un congrès d’écrivains, Bioy s’ennuie comme un rat mort (comme un rat Morel ?), malgré la présence de prestigieux confrères italiens (Moravia, Elsa Morante, Bassani), français (Caillois) ou anglais (Graham Greene) ; il commet du coup certaines gaffes (la féministe Elsa Morante supporte très mal qu’on l’appelle « Madame Moravia », même si elle est effectivement l’épouse de Moravia), et finit par n’avoir qu’une seule envie : s’évader. Il le fait en multipliant les expéditions à travers le Brésil, et à travers les pages mêmes de son journal, qui, bien plus qu’une collection de comptes rendus d’événements, devient le lieu d’une réalité parallèle.
De l’Invention de Morel à l’intention de mots réels, il n’y a, somme toute, que quelques lettres de différence. Le texte de Bioy est accompagné d’une postface de Michel Lafon, qui en est aussi le traducteur et l’éditeur, et qu’il n’est pas besoin de présenter aux lecteurs de Boojum, puisqu’il est déjà intervenu dans nos pages pour parler de son roman Une Vie de Pierre Ménard et de l’aventure d’Alix la Conspiration de Baal, dont il avait écrit le scénario. C’est bien entendu vers ce boulimique littéraire que, cette fois encore, nous nous sommes tournés. Pour lui demander ce qu’il pensait du téléfilm et comment il a été amené à éditer les chapitres brésiliens du journal de Bioy. Non content d’être le spécialiste français de Borges et de Bioy Casares (pour plus de renseignements, consulter l’Université Stendhal de Grenoble), il les a rencontrés, il a été l’ami du second et, nouveau miracle de la littérature, sa postface aux Quelques jours au Brésil, loin de se présenter comme un docte traité de Bioy-logie et d’adopter le ton pénible des fanatiques du métalangage, s’inscrit dans le sillage du texte original et s’intitule tout simplement Quelques jours avec Bioy.
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Michel Lafon - Bioy Casares et Borges forment un des plus étonnants duos littéraires de tous les temps ; leur œuvre en collaboration est stupéfiante d’humour, de violence, d’inventivité — et elle s’étend sur une quarantaine d’années, ce qui est rarissime. Je me permets de renvoyer àNous est un autre — Enquête sur les duos d’écrivains (Flammarion, 2006), essai que nous avons consacré, Benoît Peeters et moi, à l’écriture en collaboration ; ils constituent l’un des dix-sept cas que nous étudions, l’un des plus stupéfiants, je le répète, grâce au surgissement d’un irrésistible troisième homme, Honorio Bustos Domecq, qui prend la parole et la plume en lieu et place de ses créateurs, comme aussitôt « dépassés » par leur magistrale invention.
Le dvd de Morel et votre Brésil sortent presque en même temps. Coincidence ? Esprit du temps ? Si l’on réfléchit bien, le Hugo Cabret de Scorsese, inspiré d’un livre dont le titre exact est l’Inventiond’Hugo Cabret, traite d’un sujet assez voisin.
Michel Lafon - Je n’avais pas vu de rapport ; j’avoue que le film de Scorsese m’a ennuyé. On pourrait dire que ressusciter ce journal de Bioy cinquante ans après, ou rééditer ce téléfilm introuvable et quasi inconnu (Bioy lui-même m’avait parlé d’un téléfilm italien, mais je pense qu’il faisait la confusion avec celui-ci) de la même décennie (le séjour au Brésil date de 1960, le film de 1967) relève d’un même mouvement à la recherche d’un passé forcément plus savoureux, plus romanesque, plus amoureux, apte à susciter toutes les nostalgies. A quoi s’ajoute, évidemment, que tant le journal de Bioy que son roman-journal jouent à imbriquer du passé dans du passé : comme un rebondissement narratif dans le cas du journal (qui transforme le journal en fiction), comme un piège diabolique dans le cas du roman (qui en fait un chef-d’œuvre de la littérature fantastique — et amoureuse).
Quelques jours au Brésil semble être comme un duplicata deMorel : personnage pris au milieu de cérémonies auxquelles il reste étranger. Inaccessibilité initiale d’une femme (Elsa Morante, à laquelle il n’est pas capable de donner son « vrai » nom et qu’il vexe en la « moravisant ») ; distorsion temporelle dans l’un, spatiale dans l’autre (Bioy ne cesse de s’éloigner du lieu dans lequel il est censé avoir été invité)… Ne s’agit-il pas dans un cas comme dans l’autre de remplir du vide ?
Michel Lafon - C’est pour cela que je parle d’île dans ma postface, et de l’appétit d’aventures (majeures ou minuscules) qui habite celui qui, d’une façon ou d’une autre, s’y retrouve malgré lui. Oui, je crois qu’il y a toujours dans la poétique de Bioy la création d’un espace clos et limité, à la fois paradisiaque et inquiétant, qu’il s’agit ensuite, pour les personnages qu’il y dispose, de reconnaître, d’habiter, de hanter. Mais la femme inaccessible, c’est surtout Opheliña, cette jeune Brésilienne qu’il a connue en 1951 et qu’il espère retrouver lors de ce voyage ; elle est pour beaucoup dans la dérive fictionnelle du journal. Remplir du vide, oui, ou, si l’on veut, peupler à sa façon le territoire énigmatique où l’on a échoué : le congrès, avec son déploiement de cérémonies, de discours et de temps morts, est manifestement pour Bioy une parfaite expérience de la solitude, du vide — de la mort.
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Comment faut-il comprendre le titre « l’Invention de Morel » ?Génitif objectif ou subjectif ? Invention de Morel par lui-même ? Même syndrome que le Ménard de Borges, qui se fait exister en devenant Cervantès ?
Michel Lafon - C’est une belle question ; je me rends compte en la découvrant que ce titre fonctionne pour moi, depuis toujours, comme un tout, un syntagme figé qui a son sens global mais dont les éléments ne sont pas décomposables, un peu comme lorsque, enfant, je lisais le Sceptre d’Ottokar,Coke en Stock, le Lutin du Bois aux roches, les Cargos du Crépuscule ouS.O.S. Météores et m’émerveillais de la perfection de ces titres, de leurs sonorités idéalement évocatrices, sans jamais en analyser le détail. Autrement dit, l’Invention de Morel est un de ces titres parfaits que l’on prend « en bloc », auxquels on ne s’arrête jamais, tant ils semblent aller de soi, exister de toute éternité. C’est dire que les deux génitifs y cohabitent forcément : l’invention produite par Morel (la machine infernale) et l’invention de Morel par lui-même si vous voulez, mais surtout par Bioy qui, à la fin des années trente, se repent de tout ce qu’il a écrit et publié jusque-là et décide de publier enfin une fiction qui ne navre pas ses proches (à commencer par Silvina Ocampo et Borges), et qui échafaude pendant des mois cette aventure et cette machine, qui vont faire basculer à la fois sa production et, si je puis dire, une bonne partie de la littérature. Quant au rapport entre Morel et Ménard, Bioy et Borges écrivaient ces textes exactement à la même époque, se les racontaient, etc. Autrement dit, ils y ont peut-être pensé — et le choix de deux patronymes français pourrait être un bon indice ! Cela dit, la façon que choisit Morel pour entrer dans l’éternité est toute de violence, tandis que celle de Ménard est d’une subtilité et d’une discrétion absolues. Mais rien n’empêche de les lire toutes deux comme deux réinventions majeures et simultanées de la littérature — et c’est pour tout vous dire cette magnifique simultanéité qui a fait que je suis devenu argentiniste et que j’ai consacré une bonne partie de ma vie à leur œuvre (individuelle et croisée, donc).
Le téléfilm tiré de Morel est-il selon vous réussi ? Est-ce vraiment une adaptation ? L’emploi permanent de la voixoff n’est-il pas la marque d’une trop grande fidélité au texte original… ou la preuve que celui-ci est inadaptable ?
Michel Lafon - Je trouve beaucoup de finesse et d’intelligence dans cette adaptation que l’on pouvait juger a priori impossible. Cela passe par des simplifications, par une sélection des données romanesques, mais sans que jamais le roman soit appauvri, du moins pour moi. Le journal, il fallait bien le montrer en train de s’écrire, sinon une dimension clé du récit (la course du narrateur contre la montre, contre la mort) disparaissait. Des effets maléfiques ou en tout cas inattendus de la machine, seuls quelques-uns sont retenus et exposés, mais je trouve qu’ils suffisent à frapper l’esprit et à faire sens. Les adaptateurs consacrent presque la moitié du film à l’étape pendant laquelle le narrateur s’enregistre parmi les invités de Morel, alors que le roman, si j’ai bonne mémoire, passe assez rapidement sur ce point : je trouve ce choix judicieux, car c’est au fond le moment le plus fort du drame. La découverte préalable de la « répétitivité » des personnages, en revanche, est un peu expédiée, en tout cas peu exploitée, alors qu’elle est l’autre moment majeur du drame. Dans cette bibliothèque figée en 1925, on distingue un essai de Borges, Histoire de l’éternité, en édition argentine. L’ouvrage est paru en 1936 et cette édition dans les années cinquante, mais l’anachronisme ne m’a pas choqué : il est beau d’avoir pensé à placer un tel titre dans la bibliothèque de Morel, je trouve !
Le film ressemble furieusement à certains moments à India Song de Duras. Se serait-elle inspirée de la littérature sud-américaine ?
Michel Lafon - Certainement pas : je n’ai pas souvenir d’avoir jamais trouvé chez elle la moindre référence de ce type, je crois que rien ne la poussait, notamment, vers un Borges ou un Bioy Casares, à l’instar de tant d’autres écrivains français de sa génération, à vrai dire. Si l’on suppose que l’Année dernière à Marienbad n’est pas sans rapports avec l’Invention de Morel, on peut en revanche imaginer un rapport indirect, via Resnais et surtout Robbe-Grillet (qui au demeurant a toujours nié cette influence, que lui avait signalée Claude Ollier). Pour ma part, j’ai vu India Song et les autres films de Duras qui en découlent avec une fascination absolue, et tout ce que je peux dire est que mes sensations de lecteur du roman de Bioy (et pas seulement de celui-ci, à vrai dire — il faudrait ajouter au moins les deux romans suivants, Plan d’évasion et le Songe des héros) et de spectateur des films de Duras sont extraordinairement proches.
Quelle importance Borges et Bioy Casares accordaient-ils au cinéma ?
Michel Lafon - Une importance immense : ils allaient au cinéma (quitte, pour Borges aveugle, à se faire décrire ce qui défilait sur l’écran), en parlaient, en rêvaient, etc. Borges a laissé des critiques mémorables. Ils ont écrit à quatre mains plusieurs scénarios de films, ont travaillé avec Hugo Santiago à l’invention de deux films, Invasion et les Autres. Sans parler des nombreuses adaptations cinématographiques suscitées par les nouvelles de l’un, les nouvelles et les romans de l’autre. Ni de ce que le cinéma a pu leur inspirer (je renvoie au bel essai d’Edgardo Cozarinsky sur Borges et le cinéma, publié dans une collection dirigée par Marguerite Duras : voilà au moins un lien entre elle et eux que j’ai failli oublier !). Leur âge d’or est sans doute (comme pour beaucoup d’entre nous !) le cinéma anglo-américain d’aventures et d’enquêtes des années ‘30-‘40, si proche de leur esthétique littéraire. Je ne peux pas revoir Espions sur la Tamise, de Fritz Lang (1944), adapté du Ministère de la peur, de Graham Greene (1943 — le roman a moins bien vieilli que le film, à mon avis), sans penser aussitôt à des fictions que Borges a écrites juste avant, comme « le Jardin aux sentiers qui bifurquent ». La trame et l’atmosphère de ces films les ravissaient, comme les ravissaient à la même époque les romans de l’admirable John Dickson Carr, par exemple.
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Michel Lafon - Le livre est d’abord paru chez un éditeur argentin, La Compañía, en 2010 : l’usage de cette collection est qu’un écrivain, qui est souvent aussi le traducteur du texte publié, rédige une assez longue postface pour éclairer le lecteur, comme il se doit, sur l’auteur et l’œuvre concernés. S’agissant de Bioy, il aurait été absurde de prétendre éclairer le lecteur argentin cultivé sur la personne ou la production d’une des plus grandes figures de sa littérature. Du coup, il nous a semblé évident, à Eduardo Berti (qui est cofondateur et codirecteur de cette maison d’édition, et qui est aussi, comme vous le savez sans doute, un jeune écrivain argentin passionnant) et à moi-même, qu’il fallait que je consacre cette postface à quelque chose de plus personnel, à savoir l’amitié qui nous a unis, Bioy et moi, à partir de 1991, et la passion que j’ai éprouvée indissociablement pour son œuvre et pour lui, bien avant de le connaître, dès que j’ai commencé à explorer ses îles, si je puis dire, au début des années soixante-dix. J’ajoute qu’au moment de traduire ma postface d’espagnol en français, je l’ai allégrement réécrite, en bon disciple de mes maîtres en réécriture : chaque fois que l’on reprend possession d’un texte de soi, j’aime l’idée de le modifier, de l’enrichir, en attente du lecteur idéal qui s’amusera un jour à repérer et à commenter les différences entre la version d’origine et la version seconde. Que la seconde soit écrite dans ma langue première est évidemment pour moi un motif supplémentaire de jubilation.
Bioy Casares est bien peu enthousiaste vis-à-vis de Bassani, qui est pourtant — avec ses Finzi-Contini — l’un des plus grands écrivains italiens du XXe siècle. A certains égards, le narrateur desFinzi peut apparaître comme un frère de Morel : il rejoint par la littérature une femme qu’il n’a jamais eue et qu’il n’aura jamais, puisqu’elle est morte en camp de concentration. Peut-on voir dansMorel, écrit en 1940, une métaphore de la Seconde guerre ?
Michel Lafon - Bioy et Borges lisaient peu leurs contemporains ; il n’est que de lire le Borges de Bioy, où sont consignées notamment leurs conversations littéraires : ils s’affrontent à coup de citations ou de jugements lapidaires sur un poète baroque espagnol du XVIIe siècle, un diariste anglais du XVIIIe, un romancier français du XIXe, etc. Relativement à ce commerce quotidien avec les classiques, la part laissée à leurs contemporains est réduite : ils lisent les étrangers pour rédiger des critiques (Borges) ou les éditer (Bioy et Borges, notamment pour l’extraordinaire collection policière « le Septième Cercle », qu’ils créent chez Emecé dans les années quarante) ; les Argentins, par obligation amicale le plus souvent, quitte à en dire le plus grand mal ! Je me souviens que Bioy m’avait raconté qu’il s’était mis à lire Buzzati parce qu’ils avaient le même éditeur français, Robert Laffont : il lui fallait ce genre de motivation très personnelle pour considérer qu’un contemporain méritait d’être lu. Bassani, manifestement, ce n’est pour lui qu’un nom dans le groupe un peu indifférencié de ces Italiens croisés à Rio en juillet 1960. Son intérêt n’ira pas plus loin, pour autant que je sache. Il commence à réfléchir à son « premier bon roman » » — à l’Invention de Morel — dès 1938, je crois, du coup il ne me semble guère probable qu’il y propose une métaphore de la Seconde Guerre mondiale. L’Argentine se déchirera entre partisans des Alliés et « Germanophiles » (Bioy et Borges étant avec la plupart de leurs amis, Victoria Ocampo en tête, dans le premier camp), mais le vacarme de la guerre est tout de même bien étouffé quand il atteint ce pays lointain et préservé. C’est plutôt dans le roman suivant, Plan d’évasion, qui paraît en 1945 et qui présente tant d’affinités avec l’Invention de Morel mais sur un mode encore plus noir, morbide, concentrationnaire, que l’on peut discerner des échos des drames de l’époque.
Propos recueillis par FAL
La traduction française de l’Invention de Morel est publiée en 10/18, ainsi que dans le volume Romans de Bioy Casares en « Bouquins », également édité par Michel Lafon (Robert Laffont, 2001) ; on trouvera en outre une édition bilingue de ce roman dans la collection « les Langues modernes/Bilingue » du Livre de Poche (n° 8710). Traduction d’Armand Pieral ; introduction et notes de Eduardo Jimenez. Adolfo Bioy Casares
Quelques jours au Brésil (Journal de voyage). Édition, postface et traduction de l’espagnol (Argentine) de Michel Lafon. Un (télé-)film de Claude-Jean Bonnardot (1967) d’après Adolfo Bioy Casares avec Alain Saury, Didier Conti, Juliette Mills. INA Éditions, les Inédits fantastiques. |